• Philippe MEIRIEU, un remède au  fatalisme et à la résignation ...    

     Philippe MEIRIEU, un remède au  fatalisme et à la résignation ...     « Je suis stressé, ne m’en veuillez pas ». C’est par ces mots qu’il commence sa conférence, qui clôturera l’Université. Oui, le grand homme est impressionné par ces 500 enseignants venus de toute la France, sur leur temps de vacances pour l’écouter. Il a ce respect-là, cette humilité de ceux  qui ont le souci de ne pas décevoir. Question que lui seul se pose bien sûr...

     

    Sur l’écran, le thème de sa conférence s’allume : Les enjeux sociétaux, politiques, institutionnels et pédagogiques de la nécessaire « Refondation » du « Service Public d’Education »

     

    Il se lève, et c’est parti …

     

    Sur le principe que « La démocratisation de l’école ne s’est pas transformée en démocratisation de la réussite dans l’école », il va prendre à bras le corps le système éducatif dans sa globalité. Pour en faire comprendre toute la complexité, il va le placer dans ce contexte de société de contrôle à économie libérale d’une part, et d’autre part au cœur de ce que doivent être les enjeux fondamentaux, au cœur des valeurs éminemment politiques et démocratiques qui doivent le constituer .

     

    Partant de là, il va analyser cette école dans toutes ses dimensions depuis ses acteurs jusqu’à ses fonctions en passant par ce qu’elle est maintenant et ce qu’elle devra être, en en montrant les paradoxes et les incohérences.

     

     Tout au long de son propos, il ne cessera d’articuler le système, la classe, les valeurs.

    Il descendra dans le détail des fonctionnements sans jamais perdre de vue la globalité, le positionnement politique, les valeurs qui guident tout acte pédagogique quel qu’il soit, accrochant toujours le « micro » de  la classe au « macro » du système, du politique, de l’engagement, du sens. Il pose ainsi d’emblée les trois facettes qui, selon lui doivent constituer la refondation :  une école de l’égalité réelle, une école de l’apprentissage de la pensée et une école institution de service public.

     

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    Rires dans la salle. Interrogations. Comment ?

    Cette expression valise que nous transportons depuis des décennies serait un non-sens ?

     

    Pour construire l’école de l’égalité réelle, il faut mettre en œuvre le droit à l’éducation pour tous, reprend Meirieu, ce qui n’a rien à voir avec le concept d’égalité des chances qui porte une idéologie désastreuse, à l’origine de la mise en place d’un système de repérage des plus doués parmi les plus défavorisés (expérience Sciences Po dans le 93), qui donne plus au lieu de donner mieux.

    Nous avons perdu l’inspiration initiale des ZEP. Ce qui reste subversif dans le système scolaire, c’est de proclamer le « TOUS CAPABLES » au cœur de la réussite.

    Une chose m’affecte, dit-il, c’est que la plupart des élèves rabattent leurs idéaux par une intériorisation progressive qu‘ils ne sont pas faits pour réussir. Le rêve de devenir chirurgien finit toujours en rêve d’être aide-soignant(e). Ils intériorisent la résignation et ne se croient plus capables de rien. De victimes de l’exclusion, ils sont devenus coupables de leur échec. On leur a ouvert les portes de l’école sans leur donner les moyens de réussir.

    Le rapport au savoir a été désidéalisé. Pour beaucoup de nos élèves, ce qui est proposé par l’école est d’abord identifié comme source de souffrance plutôt que source de plaisir

     

    Dans une institution dont on ne voit plus les enjeux, de plus en plus utilisée à des fins individuelles, on assiste à une montée de l’individualisme au détriment des récits collectifs. Il faut développer la recherche en éducation sur les exceptions notables qui déjouent la fatalité, chercher pourquoi certains ne réussissent pas...

     Philippe MEIRIEU, un remède au  fatalisme et à la résignation ...    

    Ainsi, Philippe Meirieu va  tenter d’y voir clair dans les  lieux communs de la pédagogie qui, dit-il,  ne font même pas l’objet d’une étude historique.

     

    Il va montrer comment, dans l’accumulation de concepts mal définis,  proclamés et jamais vraiment élaborés ni interprétés par le collectif, des paradoxes se sont installés, allant à   l’encontre de cette école de l’égalité réelle.

     Que ce soient « les méthodes actives », expression qui a focalisé l’aspect extérieur de l’activité au détriment du conflit socio cognitif.

    Que ce soit « l’individualisation » qui enferme,  à laquelle il faudrait substituer la « diversification méthodologique » beaucoup plus efficace.

    Que ce soit cette idée « d’apprendre à apprendre » à laquelle il préfère l’idée de regarder COMMENT on apprend dans un travail réel.

    Que ce soit le respect de l’enfant, bien sûr fondamental, mais doit-on le laisser dans l’injure et l’onomatopée ou avoir l’exigence de transformer son langage ?

     

    Philippe MEIRIEU, un remède au  fatalisme et à la résignation ...    

    Philippe MEIRIEU, un remède au  fatalisme et à la résignation ...    L’essentiel est d’aider les élèves à passer de la pulsion, à ce temps où l’on sursoit à la pulsion pour nourrir la pensée, accéder à la culture.

    Nous devons donner une chance au dialogue et si possible, en le nourrissant par la culture. L’école est le lieu où par la démarche expérimentale, l’on sépare en permanence le croire et le savoir, le premier étant une conviction, du domaine du privé, le second étant une construction exigeante qui va construire aussi, cette valeur de la Laïcité par la recherche documentaire et l’expérimentation. « Celui qui a raison, c’est pas celui qui gueule le plus fort, c’est celui qui sait allumer l’ampoule ».  

    L’idée de faire fonctionner ensemble plutôt que l’une après l’autre contrainte et liberté est fondamentale pour construire une école de l’apprentissage de la pensée. L’intentionnalité du projet et la construction de compétences sont indissociables. Philippe Meirieu prend l’exemple de l’écriture souvent vécue comme une souffrance alors qu’elle est une émancipation. L’élève qui n’a pas compris cela vit cet apprentissage comme une contrainte, comme un caprice de l’institution.

     Philippe  Meirieu évoquera également cette distinction entre la tâche et l’objectif qui est au coeur de l’apprentissage de la pensée. Les tâches sont fugaces et les objectifs sont durables.                                   Philippe MEIRIEU, un remède au  fatalisme et à la résignation ...    

    Plus les élèves sont en difficulté, plus ils se fixent sur la tâche. Les aider à construire leur pensée, c’est leur faire formaliser ce qu’ils ont compris.

    Et cela n’a rien à voir avec  ce « Vivre ensemble » qui ne veut pas dire grand-chose.

    Il faut mettre en œuvre le « Faire ensemble », coopèrer plutôt que collaborer en prenant ensemble des responsabilités dans un projet commun avec une autorité légitime qui en est le garant…

    Distinguer « communauté » et « société » pour construire du collectif. Pouvoir construire son identité dans le cadre de l’institution. Articuler « réussir » et « comprendre » dans une logique de formation de tous.

     

    Philippe MEIRIEU, un remède au  fatalisme et à la résignation ...    

    « L’école n’est pas un service, c’est une institution. Le service a pour objectif de satisfaire les usagers alors que l’institution est au service des valeurs »

     

    Par ces quelques mots, il résume cette troisième idée de l’école institution de service public. Les finalités de l’école sont actuellement confuses alors que les modalités de contrôle sont très conformes au modèle prescrit. Cette posture de l’état qui semble technique est en réalité une posture politique qui prolétarise les enseignants : nous devenons outils de la machine au détriment de notre pensée. La politique doit être claire : il faut arrêter de multiplier les outils de contrôle, tableaux Excel et autres cases à cocher,  mais produire des outils pour penser.

    Philippe MEIRIEU, un remède au  fatalisme et à la résignation ...    Enfin, et il terminera sur cette autre paradoxe : l’externalisation de l’aide. Décrivant comment les dispositifs d’aide sont de plus en plus loin de l’école, de plus en plus médicaux.

    L’institution est une centrifugeuse qui tourne et envoie de plus en plus loin ce qui devrait être du ressort de l’école, créant ainsi de plus en plus de vide, reléguant à l’extérieur les difficultés scolaires qui devraient se traiter en interne. L’Ecole ne peut pas être astreinte à une obligation de résultats mais à une obligation de moyens. L’Ecole reste malmenée malgré les efforts de la Refondation. Elle oscille entre, d’une part le « progressisme administratif », très en vogue chez les cadres de l’Education Nationale, qui prône mesures quantitatives et pilotage par le résultat, et « progressisme pédagogique », effort pour articuler le principe de l’égalité de tous. L’évaluation ne doit plus être au service de la concurrence mais au service de chacun. L’important n’est pas d’être meilleur que les autres mais d’être meilleur que soi-même…

    Il est 13 heures ce dimanche 18 octobre 2015.

    Philippe Meirieu vient d’achever sa conférence. Autour de cet enjeu « REFONDATION - TRANSFORMATION », il a su poser les défis auxquels l’école doit faire face aujourd’hui. Dans la salle suspendue par l’émotion, un silence se fait, suivi d’applaudissements éclatants, enthousiastes, reconnaissants.

    Les mains disent les mots que l’on ne trouve pas.

    Philippe MEIRIEU, un remède au  fatalisme et à la résignation ...    

     

     M. Vannini


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