• Jean-Yves ROCHEX: de ZEP en REP, de relances en refondation, où en sommes-nous ?

    Jean-Yves ROCHEX: de ZEP en REP, de relances en refondation, où en sommes-nous ?

    Trente-cinq ans de politique d'Education Prioritaire

     

    La circulaire du 01/07/1981 déclare que … « La création des zones prioritaires n’a de sens que si elle s’inscrit dans une politique de lutte contre l’inégalité sociale. Son but  prioritaire est de contribuer à corriger cette inégalité par le renforcement sélectif de l’action éducative dans les zones et les milieux sociaux où le taux d’échec scolaire est le plus élevé. La politique du gouvernement consiste à subordonner l’augmentation de moyens à leur rendement escompté en termes de démocratisation de la formation scolaire... »

     

     On voit bien, à la lecture de cet extrait les trois principes autour desquels s’est articulée la mise en œuvre de cette politique d’éducation prioritaire : définition des zones, lutte contre l’inégalité sociale et démocratisation de la formation scolaire. C’est sur ces trois points que durant trente-cinq années, se sont organisées, réorganisées, superposées, empilées les politiques d’éducation prioritaires. Le ciblage des territoires s’est étendu de façon excessive. Son sens est devenu de plus en plus flou et l’idée même de démocratisation du système éducatif s’est affaiblie  parce que « On a les ZEP pour ça ! ». Au cours de sa conférence, J-Y ROCHEX tentera d’identifier ces mouvements produits par la modification des objectifs et des mises en œuvre. Il décrit ce qu’il nomme « les trois âges » de la politique d’éducation prioritaire.

     

    Le premier âge

     Compensation
    CJean-Yves ROCHEX: de ZEP en REP, de relances en refondation, où en sommes-nous ?e renforcement de l’action éducative là où les inégalités sont les plus grandes pose d’emblée la question de « donner plus de quoi à ceux qui ont moins de quoi ? ». Trois ciblages sont établis : les catégories de population, les territoires et les établissements. L’État, plutôt démuni va s’adresser aux équipes du terrain, leur demandant d’élaborer des projets au prétexte qu’elles sont au cœur de la difficulté. C’est ainsi que va naître la politique du projet.

    Les écoles et les établissements sont considérés comme vecteurs pour atteindre ces populations et leviers pour définir et donner ce plus. Avec cette controverse initiée par Bernstein et Isambert-Jabati pointant le risque de ne voir les élèves issus de milieux populaires que comme des élèves déficitaires.

     Transformation

    De ces débats émerge l’idée de penser des voies de transformation de l’école à l’épreuve de ces territoires. La politique ZEP pourrait être le laboratoire du changement pour toute l’éducation nationale.

     

    Le deuxième âge

    Jean-Yves ROCHEX: de ZEP en REP, de relances en refondation, où en sommes-nous ?Il s’agit de faire acquérir un minimum de compétences clés à ces élèves exclus de la réussite scolaire, SMIC culturel qui, même s’il est légitime, n’est pas exclusif d’une augmentation des inégalités sociales. Se mettent en place des dispositifs de lutte contre la violence, le décrochage scolaire, l’exclusion, au détriment d’objectifs culturels. On tend à naturaliser les problèmes sociaux et la conception du territoire se modifie sur plusieurs aspects : le territoire est de plus en plus restreint à un espace de problèmes plus que de ressources.

    On passe de la notion de territoire porteur de tentatives de transformation à la notion d’individus porteurs de risques, qui annonce le passage au troisième âge.

     

    Le troisième âge

    On assiste à un recul du mode de ciblage territorial, une multiplication, une fragmentation des programmes et dispositifs, et la création de méta-catégories, notamment celle des « élèves à besoins éducatifs particuliers », avec un nouvel objectif qui se dessine, celui de « maximisation du champ de réussite du potentiel de chaque élève ». On en revient à la convention ZEP/Sciences Po que Philippe Meirieu évoquait. On arrive à la notion que réduire les inégalités consiste à permettre aux élèves méritants des milieux populaires de se réaliser (la fameuse « égalité des chances »). On renoue avec la méritocratie au lieu de lutter contre les processus d’inégalités. On va vers l’individualisation, avec cette idée que les besoins seraient individuels, naturels, qui nous amène à poser la question de savoir si la politique ZEP ne s’oriente pas vers le néo-libéralisme. Parler d’élèves à besoins particuliers est contraire à l’idée d’un modèle d’école démocratique ou inclusive.

     

    La modification des pratiques professionnelles pour  aller vers moins d’inégalités s’avère nécessaire mais  après trente-cinq ans, on sait peu de choses sur l’effectivité de ces modifications et sur l’efficacité des dispositifs. Par ailleurs, le ciblage des populations se fait par des critères économiques et sociaux. La réflexion de type sociologique qui devrait être engendrée disparait au profit d’une réflexion où l’innovation prend le pas sur la démocratisation.

     

    Bilan et refondation

    Le bilan est extrêmement décevant. Si l’on observe les carrières scolaires, les écarts entre élèves ZEP et non ZEP n’ont pas bougé et depuis 2000, les performances des élèves faibles chutent. Le rapport Armand-Gilles de 2006 révèle que les ZEP où les résultats sont les meilleurs, concentrent  continuité d’apprentissage, exigence élevée et travail collectif, caractéristiques peu fréquentes dans un pilotage des ZEP déficient.

    Jean-Yves ROCHEX: de ZEP en REP, de relances en refondation, où en sommes-nous ?La refondation est nécessaire et doit mettre au centre d’une attention soutenue, pérenne, instrumentée et financée la question centrale de la démocratisation de l’accès aux savoirs et à leur exercice critique. On ne sait pas grand-chose sur ce qui s’est passé pendant trente-cinq ans. On a eu peu d’attentes sur les pratiques de classe, et on a accordé beaucoup d’importance à l’extra-ordinaire avec une pédagogie de projet dans une logique de mobilisation sur ce qui est marginal par  rapport à l’activité d’enseignement. Qu’est-ce qui reste après la pièce de théâtre, le journal imprimé et vendu aux parents ...etc ? Cette question n’a jamais été traitée politiquement.

    On a vu dans la logique des ZEP une logique d’innovation pensée en termes d’attraction plutôt qu’en termes d’efficacité et de démocratisation des apprentissages. On a vu une logique d’externalisation de l’aide scolaire avec une profusion de dispositifs d’aides de toutes sortes souvent confiées à des personnels précaires et peu qualifiés. 

    Un référentiel a été élaboré en 2014. C’est un document plutôt pertinent qui met l’accent sur l’action pédagogique en s’appuyant sur la recherche, évoquant l’enseignement ancré dans une démarche explicite,  la coopération avec parents et partenaires, favorisant le travail d’équipe, l’accompagnement et la formation des personnels et enfin renforçant le pilotage et l’animation des réseaux.

     

    Cependant, le dispositif de formation reste fragile et insuffisant. Si l’on veut penser la refondation, il faut outiller les professionnels.

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