• Interview de Sylvain Connac: La classe, une ressource face à l’hétérogénéité

     Sylvain Connac est mInterview de Sylvain Connac: La classe, une ressource face à l’hétérogénéitéaitre de conférences en Sciences de l'Education à l'Université Paul Valéry de Montpellier. Parmi ses thèmes de recherche, la coopération et la personnalisation des apprentissage à l'école.

    Le vendredi 18 novembre, le SNUipp89 l'accueillera le temps d'un stage à destination des enseignants du département. Petit préambule en 3 questions...

     Pour s'inscrire au stage, rendez-vous sur cette page.

     

    Comment as-tu découvert les pratiques de classe coopérative ?

    J’ai découvert les pratiques coopératives en tant que professeur des écoles. Je participais à une équipe d’enseignants qui développait un projet pédagogique basé sur le multiâge en éducation prioritaire. Pour cela, nous avons pensé, construit et fait vivre des classes uniques, accueillant des enfants de 5 à 12 ans. Le but était double : d’abord lutter contre la violence scolaire en réduisant les enjeux de pouvoir entre enfants du même âge. Ensuite les associer à ce que nous tentions difficilement de leur enseigner en introduisant une bonne part d’autonomie dans leur travail. C’est ainsi que les diverses formes de coopération sont apparues dans les classes de cette école et que nous avons eu la possibilité de nous améliorer au fil du temps.

    Pourquoi les enseignants décident-ils de transformer leur classe en classe coopérative ?

    Ce que j’observe à travers mes recherches est un phénomène intéressant : les enseignants qui développent des formes plus ou moins élaborées de coopération entre élèves manifestent une sorte de quête de sens dans leur activité professionnelle. Cela ne concerne tous les enseignants. Ceux qui prennent cette voie me disent souvent les raisons qui les ont conduits vers ce métier et reconnaissent volontiers que leur quotidien et les habitudes les en écartent facilement. Prendre plaisir à travailler avec des enfants ou des adolescents, développer des projets au sein d’une équipe, contribuer efficacement à l’épanouissement des jeunes personnes qui leur sont confiées, participer à la grande entreprise de la transmission de notre culture, … ne sont pas toujours ressentis, ce qui se traduit chez certains par de la routine et une forme de désenchantement. Organiser coopérativement sa classe représente donc une piste pour tenter de (re)trouver ces valeurs attribuées à ce métier.


    En quoi cela change les manières de préparer et de vivre la classe?

    Organiser la coopération pour ses élèves pousse les enseignants à organiser la coopération avec d’autres collègues. Si possible proches au sein de son équipe pédagogique, sinon plus éloignés, notamment à travers les mouvements pédagogiques (ICEM, OCCE, CRAP, AGSAS, PI, …) ou les réseaux sociaux et numériques. Une classe coopérative est souvent présentée comme une ruche, où chacun s’engage dans des activités qui lui correspondent, où l’enseignant a une place essentielle mais qui ne contrôle pas systématiquement l’activité de chacun de ses élèves. Cette perte voulue de maîtrise (au profit de la responsabilisation des élèves) entraîne de fait une réduction de son recul sur ce qui se passe dans la classe. C’est pourquoi « ne pas rester seul » est salutaire : pour comprendre ce qui se passe dans sa classe depuis ce que disent d’autres enseignants, pour anticiper un certain nombre de problématiques, pour se méfier des faux-semblants qui pourraient nous laisser penser par exemple que tous les élèves progressent alors qu’en réalité ce n’est qu’une minorité, pour garantir la sécurité des élèves ainsi qu’un cadre contenant suffisamment solide pour autoriser les apprentissages, …
    Ainsi, lorsque les élèves sont autorisés et sont formés à la coopération, les enseignants disposent d’une sorte de don d’ubiquité leur permettant de savoir que les informations nécessaires au travail personnel peuvent être transmises par plus qu’une seule personne. Ils peuvent également ouvrir des espaces de libertés et d’autonomie pour un investissement plus fort des élèves dans leurs activités cognitives. C’est d’ailleurs pour cette unique raison que la coopération apparaît comme un vecteur d’amélioration des performances scolaires. Tout ceci apparaît donc comme particulièrement utile pour développer de la différenciation sans avoir à penser et construire des dispositifs très sophistiqués.

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