• Dominique BUCHETON : Des gestes professionnels plus ajustés

    Dominique BUCHETON : Des gestes professionnels plus ajustés

     

    Pas de refondation de l’école avec les nouveaux programmes sans une refondation importante des gestes professionnels enseignants.

     

    Dans le langage professionnel on voit régulièrement arriver des mots qui, sous un aspect anodin, recouvrent des concepts, des dimensions professionnelles larges. Des mots que personne n’utilisaient et qui progressivement vont émailler les conversations sans pour autant que leur  sens ne soit réellement élaboré.

     Dominique Bucheton, professeure honoraire à la Faculté d’éducation de Montpellier  éclairera le sens de ces « gestes professionnels » en posant sur le métier, un regard qui permet de sortir de la formation aux « bonnes méthodes » en considérant l’acte d’enseigner comme un objet de recherche et de formation.

     

    « Je viens d’une famille d’enseignants où être bon élève allait de soi ».

     Derrière ces simples mots, on entend le sens de sa recherche, pour que tous soient bons élèves, même s’ils ne sont pas nés là où c’est facile de le devenir.

     Les deux premières questions seront de comprendre  ce qu’est un geste professionnel et pourquoi il en est tant question en ce moment.

     « Enseigner est un métier qui s’apprend »

     Dominique BUCHETON : Des gestes professionnels plus ajustésCette notion évidente pour nous, ne s’est imposée que récemment. Une autre raison qui fait de ces gestes professionnels une question d’actualité est que c’est un métier en question au regard des résultats des élèves. Enfin, on s’aperçoit de la nécessité, pour  former les enseignants, de décrire le métier plus finement.

     

     « Qu’est-ce qu’un geste professionnel ? »

     Cette définition qu’elle va déployer, nous emmène tout de suite dans la complexité du métier, dans cet insoupçonné que nous pratiquons tous les jours sans en mesurer toutes les dimensions. Le geste professionnel est inscrit dans une culture profondément inconsciente. Il est adressé et donc partagé. Les élèves sont censés le comprendre, la question récurrente étant le malentendu. Les codes du geste professionnel  doivent être expliqués. Il a des visées spécifiques : faire apprendre, éduquer. Il utilise différents canaux : oral, écrit, corporel. 

    Il est situé et ajusté au contexte, au contenu. D. Bucheton  nous fera remarquer auDominique BUCHETON : Des gestes professionnels plus ajustés passage que la question de l’ajustement est le cœur du métier. Enfin, ce geste professionnel s’inscrit dans un système plus large de gestes  qui font sens et il est défini par la notion de posture.

     Mais il va également s’inscrire dans une série de responsabilités professionnelles qui sont d’abord la responsabilité morale, celle qui consiste à faire grandir, éduquer, être responsable de tous les élèves.                 

     Viennent ensuite la responsabilité intellectuelle  qui transmet les savoirs et la culture à la hauteur des transformations culturelles, et la responsabilité citoyenne qui est de faire construire et partager des valeurs de la vie sociale et politique.

     Enfin, nous portons une responsabilité collective qui est de faire évoluer notre métier et qui va constituer l’arrière-plan de notre action ...

     

      « À quel endroit ça ne marche plus ? »  

    Un des outils qui va aider à comprendre pourquoi l’école ne parvient pas à réduire les inégalités est d’observer les postures d’apprentissage des élèves et de les croiser avec les postures des enseignants. Une posture est un mode de penser, d’écrire, de parler, d’agir, une manière d’être inconsciente et incorporée. Les recherches menées à Perpignan et à Montpellier en ont décrit les différentes formes, qui déterminent différents  rapports à l’apprentissage.

     

     Du côté des élèves, la posture scolaire n’autorise pas à penser, rend dépendant à la tâche et au maître, sans capacité d’interprétation. La posture première met l’élève dans le faire, dans une implication forte, mais sans faire de lien entre les tâches, brute d’écrit et de pensée. La posture ludique démarche positive, réinvente la tâche pour se l’approprier. Dans la posture dogmatique, l’élève sait déjà. Enfin, la posture réflexive est une prise de distance qui permet à l’élève de penser la tâche, nommer les objets de savoir, avoir conscience de sa propre activité de penser. La posture de refus est très rare.

    La comparaison des élèves ZEP et non ZEP a montré que les élèves en difficulté sont sur deux postures, scolaire et première. Ils capitulent vite, n’ont pas les moyens de trouver une autre posture pour accomplir la tâche. Par contre, les élèves des milieux  favorisés ont un répertoire plus large de postures.

    Du côté des enseignants, la posture d’accompagnement laisse à l’élève le temps de penser, de parler. Dans  la posture de contrôle, 70% de parole de l’enseignant, 30% de parole par 4 élèves. La posture de lâcher-prise laisse la responsabilité du travail à l’élève, alors que la posture du magicien crée la surprise, accrocher le savoir par l’émotion. La posture de sur-étayage  fait à la place. Tandis que la posture de sous-étayage  abandonne l’élève. Enfin, la posture d’enseignement qui met des mots sur le savoir, nomme le métalangage semble être la plus efficiente.

    Nous avons vécu 50 ans d’idéologie sur la formule : appliquer la leçon + faire les exercices = enraciner les savoirs. Il faut prendre le temps de tisser les liens qui vont permettre de comprendre ce que l’on fait. Cela n’ira pas sans une véritable formation des enseignants dans un cadre de  travail collectif.

     


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